
Plus de 100 personnes se sont retrouvées, jeudi 4 juin, autour du Docteur DEVALOIS, médecin de l’unité de soins palliatifs de Puteaux, sur la question de l’euthanasie.
« L’euthanasie », dit d’emblée le médecin, « est trop souvent posée en France comme une question simple et trop médiatisée dans des exemples soigneusement mis en scène par l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) pour échapper au traitement par l’émotion ».
Derrière, se jouent de redoutables questions de société :
- la tentation d’un droit à la mort : le suicide est une liberté civile, un « colloque singulier avec soi même », mais pas un droit. S’il l’était, les pompiers qui viennent sauver quelqu’un de la mort devraient être poursuivis pour atteinte à la liberté personnelle ! Aucune société ne doit faire de la mort un objet de désir. Quel médecin n’a pas rencontré de patient désirant la mort, mais heureux de vivre quelques semaines après avoir été soulagé de sa souffrance.
- la confusion entre, largement répandue, entre « suicide » et « droit au suicide », qui donnerait à la société l’obligation d’exécuter la décision personnelle que j’ai prise de mourir. A qui revient cette mission ? Au médecin, formé pour guérir et non pour tuer ? Où met-on le curseur : un chagrin d’amour, un échec professionnel, un simple certificat médical « bon pour mourir » ?
- des paradoxes intenables : la Suisse autorise l’euthanasie, sous réserve que le geste ultime soit fait par le patient. Résultat : des associations de « bénévoles » peuvent vous aider à passer de vie à trépas pour un forfait de 6000 E avec une injection létale, moins par étouffement, dans une chambre d’hôtel ou à l’arrière d’une voiture…
- le regard d’une société sur la notion de « dignité » : Chantal Sébire souhaitait-elle mourir par dignité – alors que la dignité est le propre de tout homme quel qu’il soit – ou en raison d’un sentiment d’indignité né du regard des autres ?
Fort de son expérience palliative et de son cheminement quotidien avec la vie et la mort, le Docteur Devalois propose une toute autre voie, ouverte par la loi Léonetti, votée en 2005 après l’affaire Humbert : « Il faut absolument refuser un droit à la mort, mais pour autant ne pas s’acharner à maintenir la vie à tout prix ». La loi Léonetti garantit à un patient le droit de refuser tout acharnement thérapeutique, rend illégale « l’obstination thérapeutique » et permet d’interrompre un traitement même si cette décision doit entraîner la mort. Cela permet, dans des conditions de décision très réglementées, d’autoriser la mise en place de techniques sédatives qui permettent au malade de s’éteindre sans souffrance. Mais le soulagement de la douleur reste la priorité absolue, même quand son administration peut accélérer la mort. A de nombreuses reprises, le docteur Devalois rappelle cette priorité, l’inlassable capacité de la médecine à alléger la souffrance, et l’espace de liberté que le soulagement ouvre à l’accueil de la mort par le malade…
La loi Léonetti s’inscrit ainsi dans la grande tradition d’humanisme à la française. Elle renoue avec la grande question morale de l’ « acte à double effet » de Saint Thomas d’Aquin : à quelles conditions un acte qui a un double effet, l’un bon, l’autre mauvais, peut-il être fait ? S’il est conscient, le malade, accompagné et éclairé par son médecin, est l’ultime décideur. S’il n’est pas conscient, la loi prévoit avec sagesse toute une série de concertations pour le médecin qui déjoue une lecture trop émotive et donne à la décision finale le champ du recul et le temps de la réflexion.
Le curé de Puteaux, le Père Jacques Anelli, conclue une soirée dense et concentrée par la lecture de l’article 2279 du Catéchisme de l’Eglise catholique : « Même si la mort est considérée comme imminente, les soins ordinairement dus à une personne malade ne peuvent être légitimement interrompus. L’usage des analgésiques pour alléger les souffrances, même au risque d’abréger ses jours, peut être moralement conforme à la dignité humaine si la mort n’est pas voulue, ni comme fin, ni comme moyen, mais seulement prévue et tolérée comme inévitable. Les soins palliatifs constituent une forme privilégiée de la charité désintéressée. A ce titre, ils doivent être encouragés ».
Sur ces sujets qualifiés de « bio éthique », et prochainement présentés à nos assemblées, le débat laïc entre foi et science a encore de beaux jours devant lui…
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