
Le jumelage, c’est d’abord un esprit : née dans l’après-guerre, cette initiative, qui s’inscrit dans l’œuvre de réconciliation de l’Europe, a pour vocation de rapprocher, au plus intime des sociétés, c’est-à-dire à l’échelon local, des cultures qui s’étaient opposées jusque là dans 3 guerres successives. Idée féconde : en créant au plus près des citoyens de l’amitié, des partages, des projets, on enterrait les vieilles querelles et on développait une nouvelle « culture commune ».
C’est au fond ce qu’a réalisé l’Europe : nos grands parents pouvaient-ils imaginer en 1945 que leur petits ou arrière petits fils se promèneraient un jour en Allemagne comme chez eux ? Ou, plus tard, auraient-ils pu concevoir qu'ils circuleraient librement un jour dans une Espagne post Franco, dans un Portugal ou dans une Grèce post-dictatures ?
Tout cela n’est finalement pas si lointain : à peine 50 ans nous séparent de la dernière guerre, à peine 30 ans du premier élargissement européen. Au siècle du progrès, de la raison et de l’essor technologique, n’avons-nous pas subi deux guerres mondiales, 20 Millions de morts en ex URSS, des génocides en quantité ? Sommes-nous si sûrs que cela d’être à l’abri de dérives collectives dans l’avenir ?
C’est au moins l’une des raisons majeures pour lesquelles l’esprit du jumelage, malgré ses limites, doit être entretenu comme un héritage qui continue aujourd’hui à donner du sens à nos sociétés.
Puteaux a mis en œuvre dans son histoire 8 jumelages qui ont plutôt, disons-le, belle allure :
- 5 d’entre eux ont été contractés avant les années 60 et témoignent bien de ce souci de réconciliation européenne : Offenbach en Allemagne, Esch sur Alzette au Luxembourg, Mödling en Autriche, Zemun en Serbie Monténégro et Velletri en Italie
- 2 manifestent les liens de fidélité de nos communautés à leur pays d’origine : Braga au Portugal (2001) et Gan Yavné en Israël (1973)
- le dernier témoigne d’une évolution récente du jumelage en direction de la coopération : Kati au Mali, contracté en 1985
La ville évoque enfin de futurs accords, notamment avec la Chine.
Le jumelage est donc le symbole d’une volonté, d’une fraternité au-delà des frontières et d’une vision plus humaine de la mondialisation. Mais il ne doit pas être qu’un symbole : pour qu’il garde du sens, il faut le sortir du passé, ou du signe, ou de l’image, et lui donner vie. Aligner des jumelages pour une ville est une chose, l’intégrer dans la vie de la cité est tout autre chose.
Dans la commune au pied du plus important centre d’affaires international de la France, il nous faut donc réactiver d’urgence ce potentiel plein de richesses, recourir à l’imagination, et nous engager de façon innovante dans le renouvellement des formes souvent un peu dépassées du jumelage
Au-delà de la création des quelques jardins qui jalonnent l’histoire du jumelage à Puteaux, au-delà de la benne à ordures léguée à Kati (et dont je précise que c’est une excellente initiative), je proposerais plusieurs pistes de travail pour Puteaux :
- donner une réalité concrète aux objectifs de « rencontres interculturelles et intersportives » qui n’ont jusque là existé que de manière sporadique et limitée : échanges de classe et classes jumelées, joutes sportives, développement optionnel de certaines langues à l’école primaire et au collège, compétitions culturelles entre classes jumelées, découverte des géographies et des économies respectives, fête annuelle des cultures… Toute une série de temps publics et d’expériences locales qui viendront renforcer la conscience des Putéoliens d’appartenir à une communauté plus vaste que la leur… et de leur donner goût de l’explorer.
- développer une offre de voyages de loisirs tournée aussi sur les villes jumelées et leur pays d’origine : séjours linguistiques, visite du pays avec arrêt dans la ville… et la proposer à toutes les catégories de la population : jeunes, seniors, communautés…
- articuler la coopération pour les villes jumelées « pauvres » avec les associations locales et l’action en direction des jeunes. Des communes, ici et là en France, envoient des jeunes en rupture de projet personnel pour de micro projets d’aide aux villes jumelées de pays en voie de développement. Une telle expérience, bien encadrée, permet souvent à ces jeunes de rencontrer d’autres réalités, de tester des capacités non identifiées jusque là… et de rebondir à leur retour. Quant, pendant trois mois, on aide à creuser un puits dans un village isolé, qu’on a apporté avec soi la pompe pour l’actionner et qu’on en mesure le bénéfice immédiat, nul doute qu’on ne revient pas le même…
- faire vivre le jumelage sur le site de Puteaux : l’étonnante discrétion du site municipal témoigne de l’effort qui reste à faire ! Consciente de ce déficit, le Maire nous promet de lui donner rapidement consistance et matière. Voyons donc…
Puteaux Ensemble, au cours de son mandat, suivra donc avec un intérêt tout particulier le développement de toute initiative municipale permettant de passer du discours à l’acte, du symbole à sa réalisation, de l’incantation culturelle à sa manifestation concrète. Il y a là un bel enjeu de culture : à nous de déployer nos talents… Affaire à suivre, donc !
(image : CEMR)
J'ai écrit quelques notes sur le jumelage à Puteaux :
http://www.monputeaux.com/jumelage/
A noter aussi que l'ancien maire de Puteaux, Georges Dardel, a été l'un des responsables du mouvement européen du jumelage dans les années 50 :
http://monputeaux.free.fr/georgesdardel/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Dardel
Rédigé par: Christophe Grébert | mercredi 16 avril 2008 à 00h09
Bonsoir,
Quelqu’un sait-il sur quels critères nous appuyons-nous pour choisir un jumelage ?
Cordialement
Rédigé par: Antoine | mercredi 16 avril 2008 à 20h00
@ Antoine ....
plaisir encore une fois de vous croiser, cher Antoine....
Les critères ? Vous n'avez pas deviné ?
cherchez bien, cher Antoine, .... je sais que savez chercher et trouver, je ne m'en fais aucun doute !
Rédigé par: Laurent Meliz | dimanche 20 avril 2008 à 20h01
Sylvie,
Une remarque sur ton article. Si bien évidemment je partage tout ce que tu énonces au début de ta note et les questions que tu poses, il y a pourtant quelque chose qui me tracasse, quant aux liens entre les villes jumelées comme tu les vois. Lorsque tu écris qu'il faut « identifier les besoins » et acter une différence par rapport à la ville de Kati, je pense que cela peut paraître déplacer par rapport à nos « jumeaux » du Mali. Sur l'échange culturel, par exemple, il suffit de regarder l'activité de cette ville pour nous apercevoir qu'elle a plus à nous apprendre sur cette thématique de la ville.
Je sais, te connaissant, que tu ne penses pas à mal, d'ailleurs personne ne pense à mal.. L'enfer est pavé de bonnes intentions, comme l'on dit populairement. Mais de laisser penser, malgré toi, que Kati a avant tout d'autres besoins qu'un échange culturel, me paraît bien étrange. Est ce que la culture malienne doit attendre que l'on ait résolu les besoins identifié par nous, avant de partager et nous de recevoir ce que Kati aurait identifié comme le mieux pour valoriser notre jumelage ?
Ce n'est pas simplement à nous, détenteur d'un soit disant rayonnement culturel de croire que nous pouvons nous imposer et disposer. Décidons nous de partager ou de nous servir encore et encore de l'Afrique comme vecteur de nos bonnes oeuvres ? Admettrons nous autre chose que le discours de Dakar ? Merci aux internautes de Kati de se manifester d'ailleurs, sur ces points de vue.
Pour tout te dire, chère Sylvie, cela me choque et me peine profondément. Faire l'inventaire, identifier, c'est imposer une marque culturelle à la française comme une supériorité acquise. On croirait y voir une méthode Bertillon de la culture, aux relents de code noir. C'est insultant, dangereux, et ressemble à la politique coloniale, telle que la voyait Jules Ferry et tel que l'on voit le monde depuis 1949. Une colonisation par la technologie.
Quel maire, de quelle ville jumelée à dit ceci ?
« J’ai intérêt à ce que les jeunes aient des occupations pendant leur temps libre, qu’ils puissent apprendre des choses utiles, nouvelles, l’informatique, l’anglais, la peinture, les arts, qu’ils aient des possibilités, un avenir et qu’ils sachent vivre ensemble ».
Que deviennent les 50 00 réfugiés arrivant dans une région en manque de travail et de logement ? Comment identifiés les besoins ? Notre rôle ! Qu'en penses la communauté Serbe de Puteaux ?
Attention, Sylvie, creusons des puits bien sûr, mais n'y jetons pas la culture au fond !
Pour finir par un trait d'esprit, dont j'ai seul le secret :
Après avoir identifier les besoins des pauvres du Haut de Puteaux, nous pourrions nous servir de la ZAC des Bergères (en chantier ) comme « Drop zone » et parachuter des steaks surgelés, des slips et des godasses et lutter ainsi contre la baisse du pouvoir d'achat.
Rédigé par: laurent Meliz | jeudi 30 octobre 2008 à 13h31