Un grand nombre de points de l’ordre du jour du Conseil municipal de Puteaux du 16 décembre 2011 ont porté sur l’amélioration du commerce en centre-ville. Sur cette question, chacun est conscient qu’il faut agir… Mais comme d’habitude, ce sont les méthodes qui vont nous séparer de l'actuelle majorité municipale.
Toute action raisonnée commence par l’énoncé d’une stratégie : « je veux faire cela pour cette raison ». A Puteaux, on se contente de l’hyper-désir du Maire, dont la réflexion oscille entre le chemin des vanités et les rêves de maisons de poupées… Il y a quelques années pourtant, la ville a fait faire une étude par un cabinet conseil, Albert Consultants : une étude décevante, truffée de généralités qui pourraient s’appliquer à une multitude de villes… Une étude et une dépense de plus, me direz-vous… Qui n’a donné lieu à aucun débat, - il n’y avait pas matière - et s’est perdue depuis dans les limbes…
La machine municipale s’est donc mise en route au gré des intuitions du Maire, autour d’un objectif exprimé non sans cynisme durant le dernier Conseil : que toute la mise en scène du commerce soit prête avant les municipales de 2014, comme le Conservatoire ! C’est de bonne guerre. Sauf qu’on ne sait pas vers quoi on court…
Quand on demande au Maire : « Madame, vous préemptez des locaux commerciaux à tour de bras, vous construisez plus de 2.000 m2 de commerces à la ZAC du Théâtre, vous avancez sans qu’une logique d’ensemble apparaisse : avez-vous idée au moins du potentiel marchand de la ville ? », le sens même de la question n’est pas compris ! Elle ne ne sait quoi nous répondre…
Les nouvelles formes de préemption commerciales ouvertes par la loi sont un outil intelligent pour remodeler le paysage du commerce en centre-ville. C’est en même temps aussi un dispositif qui coûte de l’argent et génère toute une série de frais de fonctionnement (notaires, charges, travaux divers…) ; Il faut donc l’utiliser dans un cadre précis et rigoureux…
On en est loin : le responsable du commerce de centre-ville a démissionné du jour au lendemain. Ce jeune professionnel aurait été écœuré des pressions et volte-face de la municipalité et aurait mesuré que, rester à la ville de Puteaux après l’affaire du Canard Enchainé, nuirait à son crédit professionnel. Il n’est d’ailleurs pas le seul à passer à l’acte, puisque la ville est minée par toute une série de départs !
Les préemptions se font donc dans le plus grand désordre, ici ou là, on achète, on arrête ou on reprend. On loue même des locaux avant d’en avoir reçu l’autorisation du Conseil qui est tout de même censé délibérer sur les choix et priorités du commerce. On choisit Monop’ contre Carrefour Market, sans d’ailleurs que nul ne soit consulté (l’adjointe au commerce était-elle-même dans la confidence ?)… On met ici une fromagerie, là une bijouterie. On force un peu les commerçants récalcitrants (souvent des étrangers) à améliorer vitrines et enseignes, sans prendre en compte leur rentabilité (car ce ne sont pas eux qui sont soutenus par les aides FISAC : il serait d’ailleurs intéressant d’avoir la liste, on va la demander, nul doute qu’on y trouvera des enseignements). On joue au Monopoly… au risque de la réalité…
Car la seule question reste : quelle est la capacité d’absorption des commerces par la ville ? N’est-on pas en train d’augmenter artificiellement la valeur des fonds de commerce, à un moment de retournement long de conjoncture ? Il y a un risque réel d’entraîner des commerçants dans une bulle qui risque de se dégonfler et de faire pschitt, juste après les municipales de 2014 (car avant, tout sera ripoliné frais) ? Ce développement à-tout-va, qui consiste à faire prendre des risques à d’autres, n’est-elle pas purement et simplement électoraliste ? C’est le syndrome d’Euro-Disney qui, au départ, a vu trop grand, trop beau : il a fallu en traverser des périodes de contraction et de recapitalisation, au détriment des actionnaires de départ ! Au risque des commerçants et des contribuables à Puteaux ? Sincèrement, si on arrêtait de jouer à Alice au Pays des Merveilles ?
La cerise sur le gâteau, c’est l’association des commerçants de Puteaux, présidée par une sorte de Karl Lagerfeld façon populo (la queue de cheval est là !) qui n’habite même plus la ville, voix-de-son-maître municipal comme c’est la règle à Puteaux depuis 40 ans, vassalisé comme il se doit… Elle prêterait à sourire si sa faible représentativité auprès des commerçants et sa difficulté à penser les nouvelles formes de commerces et de services en centre-ville n’achevaient de transformer les derniers doutes en certitudes.
Jusqu’à 2014, Joëlle Ceccaldi-Raynaud nous promet le paradis sur la terre de Puteaux… Il ne faudrait pas qu’Alice devienne, au lendemain du scrutin municipal, le Pilate qui s’en lave les mains…
Sylvie Cancelloni
Conseillère municipale d’opposition de Puteaux
(photo : Flickr)
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